La Reserve Bank of India n’a pas adouci sa position. Au contraire, des documents internes du gouvernement montrent que la banque centrale durcit son point de vue. Selon un rapport de Reuters résumé par le rapport original, la RBI a explicitement déclaré que la politique indienne en matière de crypto-monnaie pourrait devoir « s’orienter vers l’interdiction ». La recommandation va plus loin : interdire aux banques et aux institutions financières de détenir, de trader ou d’avoir une quelconque exposition aux actifs crypto et aux stablecoins émis par des entités privées.
La logique est familière. La banque centrale a présenté les restrictions comme essentielles pour limiter la contagion des risques provenant des actifs numériques volatils vers le système financier au sens large. Bien que le langage ne soit pas nouveau — la RBI avait tenté une interdiction bancaire similaire en 2018, seulement pour être désavouée par la Cour suprême en 2020 —, les derniers documents suggèrent un appareil politique qui considère toujours l’interdiction comme la moins mauvaise des options. Les efforts du secteur bancaire américain pour faire dérailler la législation sur les crypto-monnaies suivent un schéma défensif similaire, bien que l’approche de l’Inde soit plus directe.
L’Inde a déjà imposé un régime fiscal brutal sur les crypto-monnaies en 2022 : une taxe forfaitaire de 30 % sur les gains et une retenue à la source de 1 % sur les transactions. Pourtant, les plaintes du département fiscal dans les mêmes documents gouvernementaux révèlent un problème plus profond. Les bourses offshore et les portefeuilles privés rendent presque impossible l’identification des bénéficiaires effectifs ou la récupération des taxes. Même lorsque le trading se fait de pair à pair en roupies, les revenus imposables deviennent difficiles à tracer car la transaction sous-jacente manque d’une piste d’audit simple.
Le bureau des impôts ne réclame pas une interdiction — il attire l’attention sur une lacune structurelle en matière d’application. La contradiction mérite d’être notée. Un régime d’interdiction pourrait pousser davantage d’activités vers des plateformes offshore, exactement les lieux que le département fiscal ne peut déjà pas policer. En pratique, une interdiction couperait probablement l’accès aux rails bancaires pour les bourses nationales, tandis que les formes de trading non conformes — bureaux P2P, protocoles décentralisés, plateformes étrangères — absorberaient le volume. L’environnement fiscal élevé de l’Inde a déjà poussé les utilisateurs vers de tels canaux ; un embargo bancaire pourrait accélérer ce changement.
La position de la RBI couperait les bourses indiennes des rampes d’entrée et de sortie en Fiat (wallet) / Monnaie fiduciaire (Currency type) sur lesquelles la plupart des investisseurs particuliers comptent. Les canaux de dépôt et de retrait via les comptes bancaires s’assécheraient, poussant les plateformes à s’appuyer sur des passerelles de paiement tierces, des Stablecoin ou des réseaux informels. Cette fragilité était visible en 2018 lorsque les banques ont brusquement fermé les comptes des bourses après la circulaire de la RBI. Les volumes de trading ont chuté fortement, mais l’activité est revenue avec le temps grâce à des contournements et à l’annulation finale par la cour.
Les stablecoins émis par des entités privées sont explicitement dans le collimateur de la RBI cette fois-ci. Cela vise non seulement Tether et USDC, mais tout token utilisé comme substitut du dollar sur le marché indien. L’inquiétude de la banque centrale est simple : si les stablecoins deviennent une couche de paiement fantôme répandue, ils créent un système parallèle que la politique monétaire ne peut atteindre. Pourtant, restreindre les stablecoins sans offrir une alternative de monnaie numérique de banque centrale laisse un vide que l’argent liquide et les marchés forex informels pourraient combler.
Les documents sont des recommandations, pas la loi. Le parlement indien n’a pas avancé de projet de loi complet sur les crypto-monnaies, et les tentatives précédentes ont stagné face au lobbying de l’industrie et à l’incertitude juridique. Le ministère des Finances a historiquement fait preuve de plus de nuance que la RBI, et pendant la présidence indienne du G20, le pays a poussé pour un cadre réglementaire coordonné au niveau mondial plutôt que pour une interdiction unilatérale.
Ce qui a changé, c’est l’intensité du langage institutionnel. « S’orienter vers l’interdiction » n’est pas une position politique neutre. Cela signale qu’au sein du gouvernement, le point de vue de la banque centrale pèse lourd et que l’hypothèse de travail reste que les crypto-monnaies constituent une menace pour la stabilité financière et la conformité fiscale. Pour les bourses, les investisseurs et les développeurs opérant en Inde, la marge entre opérer légalement et être contraint à la clandestinité reste plus étroite qu’il n’y paraît.
Le véritable test sera de savoir si le gouvernement peut résister aux conseils de la RBI ou si la pression économique — fuites de capitaux, volatilité de la roupie, numérisation rapide de l’infrastructure financière — impose une position plus pragmatique. Pour l’instant, la direction prise par la banque centrale est indéniable.


