La Malaisie a récemment franchi une étape importante dans le domaine financier. Khazanah Nasional, en collaboration avec la Commission des valeurs mobilières, a réalisé le premier sukuk tokenisé du pays, d'une valeur de 100 millions de RM.
Cela peut sembler compliqué, mais l'idée est en réalité assez simple.
Un sukuk est un produit d'investissement, tandis que la tokenisation consiste simplement à créer une version numérique de cet investissement à l'aide de la technologie blockchain.
Imaginez un passage des documents papier aux documents numériques. L'investissement lui-même ne change pas ; seule la manière dont il est émis, suivi et transféré évolue.
Mais en quoi cela concerne-t-il l'investisseur malaisien ordinaire ?
Cela importe parce que la véritable promesse de la tokenisation n'est pas la technologie en elle-même. C'est la possibilité de rendre l'investissement plus accessible.
Aujourd'hui, de nombreuses obligations et sukuks relèvent largement du domaine des institutions, les investisseurs particuliers se heurtant à des montants minimaux d'investissement élevés et à un accès limité.
La tokenisation pourrait à terme changer cela en permettant de diviser ces investissements en unités plus petites et de les distribuer plus largement.
Au lieu de nécessiter des dizaines de milliers de ringgit pour participer à certains produits d'investissement, les investisseurs pourraient un jour y accéder avec seulement quelques centaines de ringgit via une application mobile. C'est là la véritable opportunité.
Ce projet montre également que la Malaisie est sérieuse dans sa volonté de moderniser ses marchés financiers.
Il ne s'agissait pas d'une expérience en cryptomonnaie. Khazanah a dirigé l'émission, CIMB a agi en tant que conseiller principal et arrangeur, Maybank a participé en tant que gestionnaire principal, dépositaire et investisseur, tandis que V Systems a fourni la technologie blockchain qui a alimenté le projet.
La participation de ces institutions est importante car elle démontre que la tokenisation est de plus en plus perçue comme faisant partie de la finance traditionnelle, plutôt que comme quelque chose opérant en marge.
La Malaisie est déjà l'un des principaux centres mondiaux de la finance islamique. Si nous pouvons combiner cette force avec les nouvelles technologies, il y a une opportunité de devenir également un leader mondial de la finance islamique tokenisée.
Le président de la Commission des valeurs mobilières, Mohamad Faiz Azmi, a bien résumé ce potentiel en déclarant : « La tokenisation offre la possibilité d'améliorer la transparence, d'élargir la participation et de soutenir un marché plus dynamique, et des initiatives comme celle-ci nous permettent de tester ces possibilités de manière contrôlée et crédible. »
Ce projet pilote démontre également que la Malaisie dispose des ingrédients nécessaires pour construire un écosystème tokenisé réussi.
Les régulateurs sont prêts à soutenir l'innovation, les institutions financières établies sont prêtes à participer, et les fournisseurs de technologie sont capables de fournir l'infrastructure sous-jacente.
Les commentaires du président sont particulièrement dignes d'attention car ils mettent en lumière deux des promesses les plus importantes de la tokenisation : une participation plus large et un marché plus dynamique.
Cependant, même si c'est un bon premier pas, nous ne devons pas surestimer ce qui a été accompli.
L'un des plus grands avantages de la technologie blockchain est sa capacité à connecter un pool d'investisseurs beaucoup plus large.
Les produits financiers traditionnels sont souvent distribués par les banques et un groupe relativement restreint d'investisseurs institutionnels. Les marchés d'actifs numériques, en revanche, ont montré comment les investissements peuvent potentiellement atteindre des personnes dans différents pays et sur différentes plateformes.
Le défi est que le sukuk tokenisé actuel reste largement un système fermé impliquant un nombre limité de participants.
C'est compréhensible. Les régulateurs et les institutions financières souhaitent naturellement procéder avec prudence, surtout dans le cadre d'une initiative inédite.
Cependant, si un sukuk tokenisé est finalement acheté et détenu par les mêmes institutions via les mêmes canaux qu'un sukuk traditionnel, alors de nombreux avantages pourraient se limiter à des gains d'efficacité opérationnelle en coulisses.
La plus grande opportunité réside dans un accès plus large et une distribution plus étendue. Le véritable enjeu est de créer un marché où davantage de Malaisiens peuvent participer, où les investisseurs peuvent accéder plus facilement aux produits, et où les émetteurs peuvent atteindre un plus grand pool de capitaux, tant à l'échelle nationale qu'internationale.
Un actif tokenisé ne devrait pas simplement être un actif traditionnel sur de nouveaux rails. Il devrait être une porte d'entrée vers un marché plus large et plus accessible.
En d'autres termes, la technologie en elle-même n'est pas le but. Des marchés meilleurs le sont.
Le premier sukuk tokenisé de Malaisie prouve que le concept fonctionne. Le prochain défi consiste à s'assurer que la tokenisation apporte des avantages significatifs aux investisseurs, aux entreprises et à l'économie au sens large, plutôt que de simplement créer une version plus efficace du système existant.
Ce projet pilote mérite d'être salué, et ceux qui y ont participé doivent être félicités pour avoir franchi une première étape importante. Mais la véritable histoire de succès sera écrite lorsque la tokenisation aidera davantage de Malaisiens à investir, à épargner et à créer de la richesse.
C'est alors que son plein potentiel sera enfin réalisé.
Les opinions exprimées sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de FMT.


